dimanche 7 décembre 2008

Je veux rentrer chez moi 6


Dans la rivière et sous les arbres, parmi les lianes et les fougères, Kano se construit un chemin dans la forêt épaisse qui se referme derrière lui. L’endroit bon à la chasse est un point dans le labyrinthe touffu de la végétation intense. Au plus profond, au plus sauvage, il entend l’absence de l’humain. Un bruit assourdissant fait de cris stridents, de grognements absurdes, de profonds croassements, de mélopées étranges et saccadées, tristes ou gaies, et de soudains appels venus du toit de branches et qui n’attendent aucune réponse. Kano connait la partition.

Pourtant ce matin, observant le serpent paisible qui repose dans un rai de soleil, il entend un murmure qui intrigue sa jungle. Une musique belle que chante une voix douce. Des notes enchaînées qui l’entraînent au loin. « Je veux rentrer chez moi ».

C’est un son, une odeur, une chaleur subtile qui leur promet un futur lumineux, qui leur raconte un passé oublié. La vie ne vaut soudain que par son histoire dans le temps. Les liens qui les attirent ne leur sont pas connus. Pourquoi ce jour vécu est il si différent ? Où leur faut il aller et qu’est ce qui les attend ? La question les dérange et les intrigue.

Cette voix, c’est la leur, et pourtant c’est une autre : je veux rentrer chez moi.



All the previous posts concerning the Christmas Tale written by my mother have been translated in English so everyone can read them now! (You'll find them alla in "conte")

On the river and under the trees, through the creepers and the ferns, Kano cuts his way up in the dense forest that surrounds him. The best place for hunting is a tiny point in the thick maze of vegetation. In the deepest wilderness, he hears no human sound.  A deafening scream made of   high pitched cries, unexpected groans, deep croakings, strange and halting melodies, some of them sad, and sudden calls from the top of the canopee that expect no answer. Kano knows the tune.

But this very morning, watching the snake snoring in a ray of sun, he hears a soft music that puzzles his own jungle. A sweet music, a smooth voice. A dancing tune that leads him far away. "I want to go bak home".


It is a sound, it is a scent, it is a promise of a glowing future, it is the tale of a long forgotten past. Suddenly history is worth learning. The ties that call them home are completely unknown. What makes this day so special? Where should they go to ? What is expecting them ? The question is disturbing.

The voice they hear is theirs and at the same time, it is alien : I want to go back home.

samedi 6 décembre 2008

Je veux rentrer chez moi 5


Sous le soleil, dans le soleil, Mohammo marche son pas tranquille et sûr. Les enfants babillards s’enroulent autour de lui. La caravane suit la route que lui trace le ciel. Mohammo connaît les habitants invisibles du désert. Il les suit, il les salue. Il franchit une à une les étapes du jour, une à une et une après l’autre, jusqu’au point d’eau caché où il puise la vie.

Pourtant ce midi, à l’heure du repos sous la palme accueillante, il se prend à rêver d’un soleil bienfaisant. Un soleil bienvenu qui ferait naître l’eau et chanter les oiseaux, réveillerait la terre et pousserait les fleurs. Un soleil caressant et que son cœur appelle. « Je veux rentrer chez moi ».


Under the sun, within the sun, Mohammo walks quiet and safe . Babbling children run around him. The caravan follows the signs in the sky. Mohammo knows the desert and its hidden inhabitants. He watches them, he salutes them. He lives his journey minute by minute, step by step, until the hidden spring from where life is drawn.

But on this very noon, laying flat under a refreshing palmtree, he dreams of a benevolent sun. A pleasant sun that would make birds and water sing, flowers grow and plants bloom. A gentle sun that his heart calls for. "I want to go back home"

vendredi 5 décembre 2008

Je veux rentrer chez moi 4


Dans la plaine immense que parcourt le grand vent, Mano rassemble son troupeau. Il chevauche infiniment, il galope au loin, il revient puis se perd dans les plis de sa terre. Le cuir de son chapeau et ses vieux gants de peau épicent l’odeur de l’herbe haute et des points d’eau dormants. Ici, les traces du prédateur, là les terriers des lapins pour le repas d’un soir, au ciel les ailes larges des vautours bienveillants, compagnons de toujours.

Pourtant, ce soir, au soleil rouge qui se pose, à la lune espiègle qui s’installe, il s’inquiète. Le feu de camp fragile qui défie le vent d’ouest lui parle d’un foyer clair dans un coin confortable, d’un âtre chaleureux dans un coin jamais vu, mais que ses yeux, ses sens et son cœur reconnaissent. « Je veux rentrer chez moi »


On the extensive plain where the wild wind blows, Mano gathers his herd. He rides endlessly, he rides away and far, comes back and gets lost  among the wrinkles of his own land. The leather of his hat and gloves brings  heavy and spicy smells to the high herbs and sleepy waters. Here animal tracks, there rabbits burrows, high in the sky  wide wings of friendly vultures, his all time companions.

But on this very evening, saluting a red sun, welcoming a mischievous moon, he feels uneasy. The faint flames challenging the west wind recall  a clear hearth in a cosy corner, a warm somewhere in an unknown place that his eyes, his senses and his heart recognize. "I want to go back home".

jeudi 4 décembre 2008

Je veux rentrer chez moi 3


Il était trois fois un frère au visage peint d’une famille éparpillée.

Il s’appelait Kano et ses cheveux lui voilaient le visage.

Il vivait sur le fleuve aux mille oiseaux, au fond de la jungle profonde et chaude. Sous des déluges ou dans la chaleur moite. Parmi les hautes fleurs improbables et colorées.

Il avait toujours vécu là autant qu’il s’en souvienne. Mais dans le crépuscule assourdissant, suivant des yeux les loutres qui plongeaient sous les feuilles, il eut envie de rentrer chez lui.


Adjugé. Vendu.


Thrice upon a time there was a painted face brother of a scattered family.

His name was Kano and his hair was all over his face.

He lived on the river of the thousand birds, far inside the jungle. Under pouring rain, in the moist heat. Amongst  coloured and unlikely flowers.

There was where he had always lived, as long as he could remember. But in the deafening noise of the sunset, watching the happy games of the otters, he wanted to go back home.

mercredi 3 décembre 2008

Je veux rentrer chez moi 2


Il était deux fois un frère barbu d’une famille éparpillée.

Il s’appelait Mohammo et ses mains étaient noueuses et fortes et douces.

Il vivait sous le soleil implacable et sur les dunes sans fin. Dans un monde sans air et sans eau, dans un monde doré, où les trésors s’offrent à ceux seuls qui savent chercher.

Il avait toujours vécu là autant qu’il s’en souvienne. Mais ce matin immobile, dans l’air léger et bienfaisant, à la première gorgée d’eau, il eut envie de rentrer chez lui.


Twice upon a time there was a bearded brother of a scattered family.

His name was Mohammo and his hands were strong and sturdy.

He lived on the endless dunes, under the omnipotent sun. In a world with no air or water, in a golden world where treasures hide from the sight of the foreigner.

That was where he had always lived, as long as he could remember. But on that precise morning, in the cool morning air, with his first sip of water, he wanted to go back home.

mardi 2 décembre 2008

Je veux rentrer chez moi 1

Il était une fois un frère aux yeux bruns d’une famille éparpillée.

Il s’appelait Mano et ses yeux étaient chauds comme deux charbons.

Il vivait dans la steppe ou dans la pampa, là où le cheval est roi, là où la plaine n’en finit pas, là où les montagnes au loin s’évaporent dans l’air bleu qui tremble.

Il avait toujours vécu là autant qu’il s’en souvienne. Mais ce soir là, assis au coin du feu les dents plantées dans la cote d’un bœuf récalcitrant, il eut envie de rentrer chez lui.


Once upon a time there was a brother from a scattered family. His name was Mano and his eyes were burning like coal. 

He lived in the steppe or pampa, where horses are kings, where plains have no end, where mountains get blurred on the horizon.

That was where he had alway lived, as long as he could remember. But on that precise evening, sitting around the campfire, his teeth planted in a slice of stubborn beef, he wanted to go back home.

lundi 1 décembre 2008

La rivière d'argent

En ce premier décembre 2008, je vous écris ce petit billet (en français de la France s'il vous plait) pour vous annoncer votre surprise de Noël. A partir de demain et jusqu'à un peu avant Noël, vous allez avoir droit à un conte de Noël un peu spécial.




Bon, je vais pas vous raconter l'histoire à l'avance ein, parcequ'après vous allez plus regarder, mais sachez que c'est l'histoire de... allez non je vous dis pas! Donc, comme vous devez vous en douter, pour la qualité et l'intérêt de l'histoire, ce n'est pas moi qui ai écrit ce conte, mais Sophie (ma maman). J'espere donc que vous apprécierez cette histoire, dont vous découvrirez chaque jour quelques paragraphes de plus.